Un millésime bourguignon 2026 " exceptionnel "… mais cela on l’a souvent déjà lu et entendu.
Les vendanges ont été plus précoces que jamais et les taux d’alcool ont atteint des niveaux jamais vus ces dernières décennies…
Conditions extrêmes, vignerons extrêmes, vins extrêmes… GLOIRE A EUX !
C’est un millésime " exceptionnel à expliquer " en choisissant les mots avec le plus grand soin … L’argument de l’alcool est tabou en matière de marketing ces temps-ci, mais regarder ce millésime uniquement par ce prisme serait une erreur !
Cependant un millésime est ce qu'il est, et si vous trouvez des grands crus ou des premiers crus mûrs à 12,5 %, je vous suggère de vérifier la source, ce n'est pas ce que l'on récolte ces temps-ci, dans les vignobles bourguignons !
Alors oui, nous aurons des vins d'émotion en 2026, mais Il vous faudra écouter lire et déguster un peu plus et un peu mieux que d’habitude, avec le souci des textures , des matières et des longueurs en bouche, pour découvrir les vignerons et les terroirs brillants., et vous faire plaisir. La température de service sera également primordiale !
Point positif, les vignerons, semblent confiants quant au profil aromatique des vins malgré leur teneur en alcool ; ils seront sans aucun doute riches et mûrs, les vins finis conserveront cette générosité et cette opulence, dotés d’une complexité chaleureuse et délicate, c’est tout le bonheur qu’on leur souhaite.
Des arômes riches mais très fins, délicieux dans de nombreuses cuvées, c’est l’avantage des petits raisins très sains… de nombreux jus offrent actuellement un plaisir riche et complexe et un charme fou !Curieusement, leur goût et leur expression sont excellents malgré ces taux d’alcool élevés. Il est toutefois très important de noter qu'il est très difficile de déguster des vins non finis…
Restons donc optimistes quant aux arômes, et ne commentons pas trop cet aspect à ce stade, surtout quand me reviennent ces mots d’un grand vigneron Alsacien « Les arômes je n’en parle pas, cela relève de l’enfance de chacun ! «
Le millésime extrême de 2026 est une expérience rare en Bourgogne, personne ne sait vraiment ce qui se passe lorsqu’un vin atteint 17 % ! Dans un monde idéal, on préfère surtout des « Bourgogne » aux taux d'alcool entre 12,5 % et 13,5 %, la bonne réponse se trouvera dans la bouteille et dans votre verre. On les aime frais les « Pinot Noir » et les « Chardonnay », mûrs, mais pas trop ! juste à point, et je ne veux pas aujourd’hui me concentrer trop sur les degrés, ce serait réducteur… la réponse sera encore une fois dans votre verre et selon vos goûts !
De nombreux domaines prestigieux sont actuellement en pleine vendange entre le 21 et 23 Août… des noms comme Meo-Camuzet, Domaine du Comte Liger-Belair, Dujac, Rousseau et DRC sont en train de récolter.
Certains terroirs supportent bien mieux les années chaudes que d'autres, Corton-Charlemagne brillait autrefois lors des années riches, voyons s'ils réussissent le miracle avec 15 % en 2026.Il en va de même pour les vignerons, certains s'adaptent tout simplement mieux aux années chaudes.
Inutile de tourner autour du pot, les taux d’alcool sont élevés, et il est actuellement inhabituel de récolter en dessous de 14 % dans les grandes appellations et des taux autour de 14 à 15 % sont normaux à ce stade des vendanges 2026… ils augmenteront encore si les vignerons attendent trop longtemps.
Ce sont des vins puissants et des taux d’alcool supérieurs à 17 % ont été observés ! Ce qui fait imaginer que des taux supérieurs à 14 % devrait être acceptés comme faisant partie des caractéristiques du millésime 2026 ! Epoustouflant ! mais ne nous emballons pas … l’équilibre restera toujours le maître mot salvateur.
Réflexion de Patrick Essa au 3.09.2026 :
"Vendanges 2026 à Meursault - observations et perspectives :
Nous terminerons de couper nos raisins de Pommard la semaine prochaine mais dès hier - 2 Septembre 2026 - nos vins blancs étaient tous « rentrés », soit une période de coupe manuelle qui s’est étalée sur dix journées du 24/08 au 2/09, seule l’année 2003 fut plus précoce d’une journée au domaine. Nous avions démarré le 23 Août.
Il s’agit pour nous de la seule année de la décennie - et depuis 2011 - où nous avons récolté nos crus à partir du mois d’Aout. La seule!
Il était assez évident que nous aurions une saison précoce à partir de la mi-juin et des premières très fortes chaleurs et puis un passage de la floraison assez rapide qui a chez nous généré assez peu de coulure - même s’il y en a eu dans deux secteurs - car nos vignes avaient été taillées tard en Mars.
Beaucoup de pluies cet hiver, point de gelées, point de maladies, très peu de passage pour traiter la vigne - 5 à 6 selon les secteurs - une floraison quasi idéale et des grappes en abondance…tout partait bien.
Puis…75 jours de canicule à partir du 10 juin!
Très vite nous avons compris qu’il ne fallait plus baisser les rameaux de la vigne en laissant les ombres portées protéger les raisins tout en aidant la vigne en positionnant deux aspersions ciblées de kaolin - poudre d’argile bio-controle - pour limiter l’evapo-transpiration et couvrir les raisins pour les prémunir de l’échaudage et de la grillure .
En restant lucide et en prenant en considération nos choix passés opérés lors des années chaudes nous savions que notre vignoble était armé pour résister à la chaleur - 2019 fut une sorte de révélation ! - et qu’il était hors de question de paniquer en raison du ressenti de nos corps en souffrance…
…la vigne est plus résiliante que l’humain, surtout lorsqu’elle est bien implantée!
La suite vous la connaissez si vous lisez ces lignes - que certains imaginent coûteuses en temps pour son rédacteur, ce qui me fait sourire tant je puis écrire vite et à n’importe quel moment sur mon phone - notre récolte a été meilleure que ce que nous pensions et les fruits - de taille mesurée - présentent tous les équilibres d’une année chaude… …mais pouvait-il en être autrement!?
Des degrés allant de 12.6 à 14,4 potentiel - bien moins que 2019, 2020 et 2023 - et des rendements s’étalant de 26 hl/ha - les vieilles vignes de coteaux - à 48 hl/ha en Aligoté et Bourgogne blanc. La moyenne des Meursault « villages » devrait se situer aux abords de 40 hl/ha. Un peu plus en Pellans, un peu moins en Millerands et Meix-Chavaux.
Merci à la pluie du 27 Août…35 millimètres géniaux!
Les acidités totales sont moyennes mais possèdent une part tartrique salvatrice qui fait que les premiers moûts possèdent une très belle fraîcheur lorsqu’ils sont comme en ce moment à 1025/1050 de densité.
Tout fermente évidemment en fût tant il est évident qu’on ne produit pas un Meursault en fermentant en cuve ou sous verre avant de le placer « par principe »dans le bois…hérésie de faiseur irrespectueux.L’année se présente bien et il est évidemment temps de signifier qu’encore une fois prendre des risques fait partie de notre métier et qu’il est hors de question de définir une date de vendanges en fonction de la disponibilité des coupeurs cornaqués par des escouades de mercenaires la plupart du temps sans foi ni loi. Il est temps de revenir aux bases " Patrick Essa Dne Buisson-Charles
Espérer des vendanges début septembre avec un taux d'alcool raisonnable semble bien illusoire. Mais chacun est maître chez lui ! De plus en plus d'observateurs et vignerons … mais pas tous ! (L'exemple du Dne Buison-Charles avec des propos plus optiniste et mesurés)
Certains Vignerons de la Côte, évoquent une baisse de l'acidité et une hausse du pH, signes de vins plus instables et plus lourds. Il s'agit donc de rentrer les vins à la cave avant qu'il ne soit vraiment trop tard. La semaine prochaine (du 24 au 30 août) est donc la dernière chance de vendanger, à moins que les vignes ne bénéficient d'une averse providentielle !
Et le 28 Août fût :
La pluie est arrivée. Dans la nuit du 27 au 28 août, la pluie s'est abattue sur la Bourgogne, accompagnée d'un orage assez violent qui a duré plusieurs heures, de quoi dynamiser les vendanges et les vendangeurs.
Les premières estimations font état de 18 à 35 mm de précipitations, soit une quantité limite suffisante pour diluer le jus concentré, ce qui pourrait s'avérer bénéfique pour la dégustation. Cela changera probablement la donne pour le reste des vendanges, car les vignes, jusque-là sèches, vont enfin pouvoir être travaillées.
La pluie, cependant, est arrivée trop tard pour beaucoup… mais peut-être que les vendangeurs tardifs parviendront à gagner en intensité et à obtenir un vin plus léger et aérien… à suivre !
Il reste encore quelques vignerons hauts de gamme en récolte : Domaine Garcia, Domaine Georges Noëllat, Domaine Mugneret-Gibourg et Thomas Bouley, Buisson-Charles etc… ceux qui ont pris le pari et le risque de la qualité. Certains démarrent les vendanges, le Domaine Cathiard, le Domaine Gros Frère et Sœur et le Domaine Grivot, pour n'en citer que quelques-uns.
A Meursault au Domaine Buisson-Charles (dont vous connaissez bien la qualité des vins avec Entre Deux Verres): Le 28 Août « 35 millimètres d’eau cette nuit…La patience fini toujours par être récompensée ! Enfin ! L’eau est tombée avant que nous récoltions la plupart de nos Meursault village ainsi que Sangenots, Arvelets, Goutte d’Or et Charmes qui tout en étant parfaitement sains présentaient encore des concentrations d’année chaude. Un peu moins de degré, des pulpes plus liquéfiées, des peaux plus fines, dans deux jours nous pourrons récolter les plus beaux raisins de l’année. Sans le moindre doute. Tout se passe exactement comme en 2025 avec des pluies de fin de journée et de nuit et des températures, de 16 à 25 degrés idéales pour récolter de jour à la main. Après la journée chaude de Mercredi…c’est bon pour le moral des troupes ! »
« Chantons sous la pluie… Nous avons commencé notre récolte sur deux petites parcelles de vignes à hautes densités Lundi 24 Août, soit une journée plus tardivement que 2023 ! Depuis Mardi 25 notre équipe est au complet et nous rentrons des raisins sains et mûrs qui ont les équilibres de l’année avec des degrés généreux, des acidités basses et de petits rendements…tout cela était attendu. Les petites pluies qui sont tombées n’ont pas véritablement changé la donne et les raisins pour l’instant conservent des équilibres faits de pH plutôt élevés mais avec de très belles acidités tartriques et des extraits secs impressionnants qui donnent de belles lies fines et des concentrations assez incroyables aux moûts. Cependant cette fois la pluie va tomber en abondance dès cet après-midi…et dès qu’elle sera là nous arrêterons de récolter pour mieux reprendre demain avec , nous l’espérons au moins 20 millimètres de pluie tombées dans la nuit… sans grêle ! Alors oui nous avons pris des risques pour récolter mûrs, mais au fond il s’agit de notre boulot ! et selon les équilibres de cette année « Cani-solo-brûlante » en supposant qu’il pourrait encore tomber l’eau qui nous a tant manqué. Et oui si elle tombe nos Meursault villages et tous nos rouges en profiterons pleinement. Voilà au moins une certitude qui est « certaine » ! S’il ne grêle pas !! Mais bon…quand on fait des choix il faut être à même de les assumer et surtout sans prise de risque la vie ne vaut pas d’être vécue » Louis et Patrick Essa Domaine Buisson-Charles
Certaines vendanges débutent la semaine prochaine, et ce sera la fin des vendanges 2026 .Ainsi soit-il .
En Italie une autre région viticole chère à mon coeur : les fortes chaleurs bouleversent le calendrier dans l'Oltrepò Pavese, région viticole du nord de l'Italie, où les vendanges ont commencé avant même la fin du mois de juillet, une première, et des défis inédits pour les vignerons :
“Cette année est historique, car les raisins n'ont jamais été récoltés en juillet auparavant. Les vendanges ont commencé dès le début de la semaine, les 27 et 28 juillet, et c'est un record", explique à l'AFP Matteo Castellani, responsable du syndicat agricole Coldiretti pour la zone de Casteggio, une commune située au sud de Pavie.
"Dans l'Oltrepò Pavese, comme plus généralement ailleurs, les vendanges commencent habituellement entre le 10 et le 15 août", ajoute-t-il. Dans les rangées de vignes du domaine "Defilippi - i Gessi", sous un soleil de plomb, les ouvriers agricoles détachent délicatement les grappes de Pinot noir, qui seront vinifiées en pétillant.
"Ces derniers mois, il y a eu une chaleur anormale, une chaleur vraiment très élevée, et c'est précisément un symptôme du changement climatique dont, malheureusement, les agriculteurs et tout le secteur doivent désormais tenir compte", poursuit Matteo Castellani.
En ce moment :
Des défis inédits pour les vignerons
Ainsi, selon Coldiretti, la récolte des raisins du Sangiovese - cépage le plus répandu d'Italie - pourrait débuter dès la mi-août en Toscane, une date très avancée pour les vins rouges, habituellement vendangés de septembre à novembre.
Pour le premier syndicat agricole italien, il n'a jamais été "aussi difficile de faire des prévisions quantitatives sur une vendange qui sera de fait étalée sur près de cinq mois et qui représente un véritable défi oenologique pour les entreprises, en raison aussi de la concentration en sucres que les températures record et la sécheresse" induisent dans les
raisins.
Pour l'heure, "la maturation (...) est parfaite" et "le degré d'alcool optimal", se réjouit, après trois jours de vendanges, le viticulteur Federico De Filippi, propriétaire du domaine "Defilippi - i Gessi". Il prévient toutefois que si les températures élevées venaient à se prolonger, cela pourrait entraîner une augmentation du degré d'alcool du raisin, et contraindre donc à accélérer la récolte
En Champagne, des degrés problématiques (Edition Terres de Vins)
Jamais les vendanges ont débuté aussi tôt en Champagne. Dès le 6 août les premiers coups d’épinette ont été donnés dans l’Aube. Une précocité exceptionnelle qui présente surtout une particularité cette année, tous cépages et terroirs confondus : la haute teneur en sucre des raisins. Et, avec elle, des potentiels de degré alcoolique particulièrement élevés qui inquiètent.
Cette année, les vendanges ont pris tout le monde de vitesse et le millésime 2026 restera comme celui d’une précocité exceptionnelle.
Les dates officielles fixées par le Comité Champagne (CIVC) s’échelonnent du 8 au 22 Août selon les communes et cépages .
À Montgueux, dans l’Aube, des raisins ont même été récoltés dès le 6 août, sur dérogation. Une situation totalement inédite, conséquence notamment d’un cycle végétatif très en avance et d’une maturation accélérée par les fortes chaleurs.
Maturité à toute vitesse et rendements faibles
Nathalie Sélèque, exploitante-récoltante et propriétaire du domaine familial Champagne Jean Sélèque, à Pierry (Premier Cru), près d'Épernay a pu le constater dans ses parcelles : « C’est une année très particulière, nous n’étions pas vraiment préparés à un début de vendanges si précoce. Il manque des vendangeurs pour la récolte. Les raisins sont mûrs très tôt. Avec une légère différence pour nos parcelles en vieilles vignes où la maturité est moins précoce. L’état sanitaire global est vraiment excellent ».*
Chardonnay, pinot noir, meunier, coteaux de l’Aube, Vallée de la Marne ou Côte des Blancs : partout, ou presque, les analyses témoignent de maturités avancées.
Dans les rangs des vignes, on observe parfois un peu de millerandage, certaines grappes sont échaudées. Les rendements sont moindres également, en raison des épisodes de gel successifs (mars et avril). Les Gelées ont en effet détruit environ 40% des bourgeons de l(appellation.
Combinées au stress hydrique qu’a fait peser la canicule sur les vignes, les rendements s’avèrent bien inférieurs à l’an dernier.
Sur les côteaux sud d’Épernay, Julien Chopin, le président de la coopérative vinicole de Monthelon-Morangis, constate lui aussi une campagne singulière : « L’annonce des bans des vendanges au 12 août a un peu chamboulé le modèle champenois. Tous les cépages sont ouverts en même temps, quasiment. Il a fallu nous adapter rapidement. Nous avons commencé par rentrer les chardonnays au pressoir, alors que d’habitude nous commençons toujours par les meuniers. Une décision qui s’explique par des analyses qui donnent des taux de sucre entre 11,25 et 12,65. Les chardonnays ne pouvaient plus attendre. Ce que l’on constate également, c’est qu’il y a moins de rendement. Avec des poids de grappes très acceptables, on a tout de même moins de jus que les années précédentes. Le temps de presse est impacté, il est plus long » explique-t-il.
Des potentiels alcooliques qui atteignent des sommets
Taux de sucre potentiels alcooliques sont partout relativement élevés. À l’Institut Œnologique de Champagne, Sébastien Goulard, œnologue conseil du laboratoire de Mardeuil, avance des chiffres pouvant atteindre 14 degrés.
Ailleurs, d’autres ont pu faire état, notamment dans le Sézannais, de 15 degrés potentiels. Une teneur en sucre élevée n’est évidemment pas synonyme, à elle seule, de problème qualitatif, toutefois, le potentiel alcoolique est directement lié à cette concentration en sucres.
Or, le cahier des charges champenois est strict. Il fixe un plafond de degré alcoolique à 13 % de volume d’alcool après la prise de mousse. Au-delà, il est impossible de commercialiser sous l’appellation Champagne. Le sujet devient donc réglementaire, et quelque peu acrobatique quand on sait que le processus de fermentation et de prise de mousse rajoute jusqu’à 1,2 degré d’alcool supplémentaire !
En termes d’acidité, autre point d’inquiétude, Sébastien Goulard relève qu’« au regard des degrés, elle est tout de même pas mal pour ce qui est des prélèvements faits dans les cuvées. En revanche, les acidités relevées dans les tailles sont faibles. Nous sommes à quatre et demi d’acidité en moyenne, pour un PH qui se situe à 3,10 ou 3,15. Les équilibres sont certes riches mais nous ne sommes pas sur quelque chose qui serait complètement à plat en termes d’aromatiques ».
Les niveaux d'acidité sont en effet cruciaux : ils garantissent la fraîcheur, le potentiel de garde et l'équilibre du champagne.
Alors, comment vinifier lorsque la matière première entre en cave avec un potentiel alcoolique aussi élevé et des acidités relativement basses ?
« Tirer des millions de bouteille avec un départ à 13 degrés, ça peut inquiéter beaucoup. Mais il ne faut pas s’affoler pour autant car les degrés commencent à chuter un peu : dans ma cuverie je vois arriver des meuniers qui sont moins forts en degrés et ma moyenne redescend. On va aussi utiliser les vins de réserve. C’est comme au tennis, il faut attendre la balle de match ! Les vendanges ne sont pas encore finies » rappelle Sébastien Walasiak, le Chef de Cave de Champagne Collet (COGEVI).
De telles maturités et potentiels alcooliques interpellent donc aujourd’hui vignerons et œnologues, qui pressentent que la problématique persistera dans les années à venir. Aussi, le millésime 2026 représente, pour toute la Champagne, une année test.
Les vendanges 2026 chez des grandes maisons comme Pol Roger ont débuté le 11 août, une date record. Une précocité qui résume une campagne marquée par les à-coups climatiques : gel au printemps, sécheresse, pluie puis fortes chaleurs. Au final, la récolte est moins importante qu’espéré, mais les maturités sont élevées.
Si le rendement est finalement inférieur d’environ 20 % à celui fixé pour l’appellation, en revanche, les degrés sont élevés : 11,8 % vol. en moyenne en cuverie, avec 12,2 % pour le chardonnay, 11,5 % pour le pinot noir et 11,4 % pour le meunier. L’acidité moyenne atteint 5,15 g/l H₂SO₄. Pol Roger souligne également le très bon état sanitaire des raisins.
Les premières dégustations montrent des moûts fruités et expressifs. Les pinots noirs et les meuniers retiennent particulièrement l’attention, tandis que les chardonnays affichent des niveaux de maturité élevés et une forte concentration.
Pour autant, Damien Cambres, chef de caves de Pol Roger, se garde de tirer trop vite les conclusions de cette vendange atypique : « C’est une année inédite, mais pas nécessairement pour les raisons que nous imaginions au départ. Nous observons des niveaux de concentration exceptionnels, tout en conservant une fraîcheur assez inattendue pour une année aussi chaude et précoce. Les premières dégustations sont très prometteuses, avec des vins déjà très fruités et expressifs. Mais nous avons peu de repères face à une année comme celle-ci. Il va falloir nous adapter, apprendre et laisser les vins nous révéler progressivement leur personnalité. C’est aussi ce qui rend le travail à venir particulièrement enthousiasmant. Rendez-vous en décembre pour les dégustations qui nous permettront de nous projeter sur les assemblages. »
Vive les vins de réserve !
Constats et réflexions intéressantes sur la génétique des pieds et la culture de l'eau dans l' Aude et les Pyrénées-Orientales
Des viticulteurs de l'Aude et des Pyrénées-Orientales ont exceptionnellement commencé leurs vendanges fin juillet, des récoltes particulièrement précoces liées à des mois de températures record qui confirment la nécessité pour les exploitations de s'adapter au changement climatique. ( Edition de la RVF)
Commencer "le 30 juillet, c'est plus qu'exceptionnel, il y a quand même 43 ans que je suis dans la vigne, c'est la première fois de ma vie que je vendange au mois de juillet", explique Alain Gleyzes, viticulteur à La Palme (Aude), qui a commencé de nuit jeudi à récolter un raisin muscat petit grain, destiné à la fabrication d'un blanc pétillant.
Président de l'appellation Fitou, il lutte depuis des années contre la sécheresse et a même dû arracher fin 2025 une vingtaine d'hectares sur les plus de soixante que compte son exploitation, après deux années d'aridité aiguë.
"On a perdu 30% du capital végétal mort de sécheresse, j'avais jamais connu ça non plus de ma vie", raconte-t-il à l'aube, sur ce domaine du littoral méditerranéen.
Et M. Gleyzes n'est pas un cas isolé. Un peu plus dans les terres, sur les coteaux de Narbonne, Camille et Audrey Lalaurie, deux soeurs jumelles qui incarnent la dixième génération de viticulteurs dans ce domaine qui porte leur nom, n'avaient jamais vendangé avant le 12 août.
Cette année, elles vont commencer en cette fin de semaine, avec 10 jours d'avance. "Il y a 20 ans, c'était autour du 25 août", dit Camille.
Des mois de chaleur record à l'origine de cette précocité
Plus au sud, au coeur des Pyrénées-Orientales, le domaine Lafage a donné le coup d'envoi en fin de semaine passée.
"Par rapport à nos habitudes, on est une semaine à dix jours plus précoce", a raconté à l'AFP Jean-Marc Lafage qui récolte ces jours-ci des grappes destinées à un vin léger en alcool qui exige donc un raisin moins mûr.
"Là, on a une partie de notre équipe en congés, on a dû se débrouiller, on a réussi à motiver les troupes qui travaillent dans le marketing, la comptabilité, l'informatique", d'aider pour les vendanges, détaille le vigneron.
Pour l'ensemble du domaine, présent sur différents terroirs du Roussillon jusqu'à la pointe sud de Collioure-Banyuls, "on aura bien en moyenne une semaine d'avance par rapport à l'année dernière", dit-il. Ce phénomène de vendanges précoces est essentiellement lié aux conditions météo de ces derniers mois sur ces territoires.
"La vigne a poussé très tôt, dès mars, puis la croissance a été bonne au printemps" aidée par des températures élevées, affirme Camille Lalaurie. "Depuis le mois de février, je ne sais pas s'il y a eu un mois où nous n'avons pas battu le record de chaleur", décrit M. Lafage.
Face à cette évolution liée au changement climatique, vendanger plus tôt n'est finalement que l'une des adaptations à mener, insistent les vignerons.
"En 2020, on a décidé de mettre en place une cellule de recherche-développement viticulture, on a embauché un ingénieur agronome, on travaille avec l'université Supagro Montpellier", raconte M. Lafage qui a développé des recherches sur l'optimisation de la ressource en eau, notamment par l'amélioration de la capacité de stockage de l'eau des sols grâce à de nouveaux types de composts.
"On est plus devenu des cultivateurs d'eau que des cultivateurs de vignes", sourit-il. "On travaille sur toute une boîte à outils", décrit de son côté Stéphanie Delorme, directrice de l'AOP Languedoc qui évoque une augmentation de la fréquence de ce qu'elle appelle "des coups de sèche-cheveux".
"Un des outils, ce sont des études sur les cépages", affirme-t-elle. "Ce sont des variétés d'intérêt à fin d'adaptation (VIFA), des vieux cépages qui étaient dans le temps en Languedoc, ou quelques cépages grecs et italiens".
D'autres pensent à modifier leur zone de production, comme les AOC Banyuls et Collioure, pour aller cultiver la vigne un peu plus en altitude, où il fait un peu moins chaud.
Cet éventail d'adaptations donne en tout cas des espoirs aux viticulteurs. "On a tellement de data depuis ces cinq dernières années que l'on commence malgré tout à voir un petit peu de lumière au bout du tunnel alors qu'il y a quatre ans en arrière, on se disait qu'on allait être dévoré", souligne ainsi M. Lafage.
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